AVEC LA TROUPE A RUDOLSTADT
d’orchestre. Mais je me butai, chez le directeur Bethmann, à des difficultés extraordinaires qui, au cours de ces années fatales, devinrent chroniques et m’apportèrent tous les ennuis possibles.
Un seul privilégié recevait régulièrement ses honoraires; on me l’avait déjà dit à Lauchstaedt: c’était ce Kneisel, qui fumait sa pipe près de la directrice infirme quand je fis sa connaissance. On m’assura que, pour obtenir quelque argent, il fallait absolument faire la cour à Mme Bethmann. Cette fois, je préférai avoir recours à ma famille; j’allai donc tout d’abord à Leipzig chercher les deniers nécessaires au voyage de Rudolstadt, ce dont ma mère fut aussi étonnée qu’attristée. Je m’étais arrêté dans la propriété de mon ami Apel qui était venu me prendre en voiture à Laustaedt. En mon honneur, il arrangea un banquet à l’hôtel et nous y fîmes une noce à tout casser. Je me rappelle qu’à cette occasion, un des invités réussit à démolir totalement un énorme poêle en faïence qui se trouvait dans la salle à manger. Le lendemain matin, aucun de nous n’aurait su dire comment il s’y était pris.
C’est en me rendant à Rudolstadt que je vis pour la première fois Weimar. Sous un jour pluvieux, j’examinai la maison de Goethe avec curiosité mais sans émotion. J’avais espéré autre chose.
J’attendais des impressions plus vives de la vie théâtrale animée de Rudolstadt où j’avais hâte d’arriver. Bien que je ne fusse pas chargé de diriger l’orchestre, ces fonctions ayant été confiées au maître de chapelle du prince, je me trouvai surchargé de travail. Je devais