‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 12 sur 285 · MES FRÈRES ET SŒURS · texte numérisé non relu

MES FRÈRES ET SŒURS

membres de la famille ; elle fut en même temps le principal soutien de notre mère, chargée de soucis et que je retrouvai dans le vaste et agréable appartement qu’avait encore installé mon beau-père. Quelques chambres superflues en avaient été sous-louées à des étrangers, et c’est ainsi qu’un jour Spohr devint notre locataire.

Grâce à 1 activité de ma mère, à diverses circonstances heureuses et à la bienveillance de la cour, qui, en souvenir de mon beau-père, lui facilita bien des choses, notre famille put mener une existence supportable et mon éducation ne fut négligée en aucune façon. Ma troisième sœur, Clara, qui avait la voix exceptionnellement belle, s’étant décidée à suivre la trace de ses aînées, ma mère s’employa de toute son énergie à empêcher que le même penchant ne se développât en moi. Toujours elle s’était fait des reproches d’avoir laissé mon frère Albert monter sur les planches, et comme Jules, mon second frère, ne montrait d’autre part que les seules aptitudes nécessaires au métier d’orfèvre, elle avait résolu de réaliser le vœu de mon beau-père et de faire de moi quelqu’un.

Quand j’eus atteint l’âge de huit ans, on me mit à la « Kreuzschule », à Dresde : j’y devais faire mes humanités. Je commençai, aussi modestement que possible, mes études classiques, car j’étais le dernier élève de la dernière classe. Ma mère notait avec une grande sollicitude tous les signes de mon développement intellectuel et de mes aptitudes spéciales.

Demeuré une énigme pour tous ceux qui connaissaient ma mère, son caractère offrait un singulier mé-

CARACTÈRE DE MA MÈRE

lange d'activité ménagère et bourgeoise et de grande vivacité d'esprit ; avec cela, une éducation très incomplète. Jamais elle n'a voulu donner à ses enfants des renseignements précis sur son origine. Née à Weissenfels, elle avouait que ses parents y avaient été boulangers ou plutôt, d’après les derniers renseignements, meuniers. Même en ce qui concernait son nom, elle manifestait une bizarre retenue ; elle prétendait être une « Perthes », tandis que nous savions fort bien qu'elle se nommait « Bertz ». Il est étrange qu'elle eût été élevée dans un des meilleurs pensionnats de Leipzig et que les frais de son entretien eussent été payés par un soi-disant « ami paternel ». Elle nous a dit plus tard que cet « ami » était un prince de Weimar, qui, paraît-il, s'était montré très généreux pour sa famille à Weissenfels. L'éducation de ma mère dans ce pensionnat semble avoir été interrompue par la mort subite de ce protecteur.

Elle était encore adolescente quand elle fit la connaissance de mon père. Celui-ci, quoique fort jeune aussi, avait déjà acquis une situation quand il l'épousa. Le trait principal de son caractère semble avoir été l'esprit et la bonne humeur. Il est peu probable que seul le devoir à remplir envers la famille d'un ami, et non point une véritable inclination pour sa veuve, ait poussé l'excellent Louis Geyer à s'unir à une femme qui n'était plus de première jeunesse. Un portrait que Geyer a peint d'elle à l'époque de son premier mariage la représente avec un extérieur très avantageux. Au moment où elle entre dans mes souvenirs précis, des maux de tête l'obligeaient à porter sans cesse un bonnet, de sorte que je

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