TOME I
iô 2 « CHRISTOPHE COLOMB », DRAME D’APEL
L'accueil tour à tour favorable ou défavorable qu’à cette époque on fit à mes œuvres rendit plus déterminée encore la singulière direction qu’avait prise mon activité musicale d’alors. J’avais dirigé un concert de la Loge maçonnique et recueilli de grandes louanges pour mon ouverture des Fées , quand je reçus la confirmation du vilain procédé de la direction théâtrale de Leipzig, qui ne se souciait plus de représenter ce même opéra. Mais, par une fière indifférence, je ne me donnai pas la peine de rappeler sa promesse au directeur et je me contentai du succès de l’ouverture à Magdebourg. Je dois ajouter que la composition de mon Liebesverbot m’enlevait tout intérêt pour mes œuvres précédentes.
Pendant cette courte saison de Magdebourg, et quoique je fusse souvent distrait par d’autres occupations, j’arrivai à achever la plus grande partie du nouvel opéra. Dans un concert au théâtre, j’en fis exécuter deux duos dont le succès m’encouragea à travailler vaillamment à cette œuvre.
A la fin de cet hiver, je reçus la visite de mon ami Apel qui venait se réchauffer à la gloire de mon jeune titre de chef d’orchestre. Il avait écrit un drame, Christophe Colomb , que je recommandai à la direction. Rien ne fut plus facile que d’obtenir qu’il fût accepté, car Apel promit de faire peindre à ses frais un nouveau décor représentant l’Alhambra et de procurer, en plus, quelque adoucissement pécuniaire aux artistes qui paraîtraient dans sa pièce. Ceux-ci éprouvaient de graves mécomptes dans le paiement de leurs gages, la directrice continuant à favoriser Kneisel, la basse.