‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 127 sur 285 · L’OUVERTURE DE « CHRISTOPHE COLOMB · texte numérisé non relu

L’OUVERTURE DE « CHRISTOPHE COLOMB

La pièce d’Apel me semblait renfermer beaucoup de bonnes choses ; elle représentait les luttes et les déboires du grand navigateur avant son départ pour son premier voyage de découvertes. Le drame finissait au moment pathétique où le vaisseau, sortant de la rade de Palos, fait voile vers la conquête du Nouveau Monde. Mon oncle Adolphe, auquel, sur mon désir, Apel avait donné à lire la pièce, trouvait les scènes populaires et caractéristiques particulièrement bien réussies, tandis que le roman d’amour intercalé était plutôt fade et insignifiant. Je composai pour l’œuvre de mon ami un morceau d’orchestre final et un petit chœur que les Maures, chassés de Grenade, devaient chanter en quittant leur nouvelle patrie. Je me décidai, en outre, à y ajouter une ouverture que j'écrivis avec une rapidité presque présomptueuse. J’en fis l'esquisse tout entière un soir chez Minna, en permettant à Apel de s’entretenir à son gré, à haute voix, avec ma bien-aimée. L’effet que devait produire ce morceau, composé si précipitamment, reposait sur une idée simple, mais rendue frappante par mon interprétation. L’orchestre dépeignait, par des figures qui n’avaient rien de grandement original, l’Océan et le vaisseau qu’il portait. Un motif violent, ardent et langoureux à la fois, se distinguait seul dans les flots harmonieux de l’ensemble. Cet ensemble se répétait, puis s’interrompait brusquement pour faire place à un motif étrange, joué en pianissimo doux et résonnant sous le lointain frémissement des violons dans les notes élevées. J’avais commandé trois paires de trompettes de différentes tonalités pour jouer ce motif admirable et sédui-

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