FESTIVAL DE MUSIQUE A DRESDE
pays d’Europe. Il faut savoir que, m’étant soustrait à l’accomplissement du service militaire en Saxe, je n’ai jamais pu obtenir de passeport en règle jusqu’au jour où je suis devenu maître de chapelle à Dresde. La jouissance artistique vers laquelle cette feuille m’accompagna ce jour-là fut de si médiocre valeur que ma haine du classique s’en fortifia.
La symphonie en ut mineur de Beethoven fut dirigée par un homme dont la face de satyre ivre me remplit d’un dégoût insurmontable. Elle fut exécutée platement et sans expression, malgré l’interminable kyrielle de contrebasses dont se parent toujours les fêtes de ce genre, et moi qui l’entendais pour la première fois et qui, dans mon esprit, m’en étais formé une image bien autrement vivante, je me voyais en face de ce contraste comme devant un problème impossible à résoudre. Cette impression torturante fut dissipée par l’audition de l’oratorium d ’Absalon, dont Y « illustre maître » Schneider tira quelque chose de si burlesque que j’en fus égayé et calmé.
Passant par Dessau, où Minna avait fait ses premiers débuts, j’entendis des jeunes gens parler d’elle sur le ton léger qu’on prend généralement dans certains cercles quand on s’entretient de jeunes et belles actrices. Je reconnus l’amour de plus en plus passionné qui m’entraînait vers mon amie à l’ardeur avec laquelle je fis cesser ces bavardages et ces calomnies. A Leipzig, je ne me montrai pas à mes parents. Après être arrivé à me procurer l’argent nécessaire, je repartis immédiatement pour Dresde. On y allait encore en diligence.