CONCERT A LEIPZIG
monde artistique. Mon antipathie pour Leipzig était, de plus, nourrie par la direction qu’y prenait la vie musicale à cette époque. Tandis qu’à Magdebourg je préludais à ma carrière de chef d’orchestre en m’abandonnant étourdiment à un goût frivole de musique de théâtre, a Leipzig Mendelssohn-Bartoldi ouvrait une ère musicale nouvelle en dirigeant lui-même les concerts du « Gewandthaus ». C’en était fait de la simplicité avec laquelle le public avait jusqu’alors jugé les productions de ces réunions familières. Je m’en convainquis à l’occasion d un concert donne au bénéfice de la jeune cantatrice Livia Gerhart, très aimée a Leipzig. Par l’entremise de mon bon vieux Polenz, que l’on n’avait pas encore mis tout à fait au rebuf, on y exécuta mon ouverture de Christophe Colomb , tant acclamée à Magdebourg, et je m aperçus alors que le goût des amateurs de Leipzig avait subi une transformation telle, que même l’adroite combinaison de mes six trompettes réunies ne put le toucher. Cette expérience augmenta encore mon aversion contre tout ce qui affectait un air classique. Et sous ce rapport je me trouvai en singulière concordance de sentiments avec le brave Polenz qui regrettait le bon vieux temps en soupirant bénévolement.
Un festival musical que Frédéric Schneider dirigeait à Dresde me fournit le prétexte de quitter Leipzig. Il me fallut pour ce voyage, qui durait sept heures à pied, un passeport visé pour huit jours. Ce document était destiné à jouer un rôle important dans ma vie, car il fut, pendant longtemps, la pièce unique qui servit dans la suite à me légitimer aux yeux de la police de divers