‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 135 sur 285 · BAINS DE KÔSEN. — LAUBE · texte numérisé non relu

BAINS DE KÔSEN. — LAUBE

tinua seule sa route vers Magdebourg. Moi, je rentrai dans ma famille, à laquelle je ne parlai point de mon escapade de Dresde. Mais, à partir de ce moment, je fus poussé, comme par le sentiment d’une faute étrange, à arranger ma situation de façon à me retrouver le plus tôt possible auprès de ma bien-aimée. Il me fallait donc être réengagé par la direction Bethmann pour la saison prochaine. Pendant les négociations que j’entamai à ce sujet, ne pouvant plus supporter le séjour de Leipzig, je profitai de ce que Laube était aux bains de Kôsen, près de Naumbourg, pour aller le voir. Il venait de passer à Berlin une année fort pénible en prison préventive. On lui avait permis de se rendre à Kôsen sous serment de ne pas quitter le pays que le jugement ne fût rendu. Un soir, il était venu secrètement chez nous à Leipzig. J’ai conservé le souvenir le plus triste de l’impression de malheur que m’avaient produite son air souffrant et sa courageuse résignation devant la certitude de ne voir jamais se réaliser ses rêves d’amélioration sociale. J’en avais été d’autant plus ému que je me trouvais dans l’agitation spéciale où me jetait ma propre situation si critique. A Kôsen, je lus à Laube une grande partie de mon poème, la Défense d'aimer . Il y donna son approbation encourageante, bien qu’il me témoignât toujours un peu de froideur de ce que je me permettais d’écrire mes vers moi-même.

J’attendais avec impatience des nouvelles de Magdebourg, non que je craignisse de ne pas obtenir un nouvel engagement, — je savais que j’étais une « bonne acquisition » pour Bethmann,—mais parce que tout ce qui devait

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