A LA RECHERCHE DE TALENTS
me rapprocher de Minna n’allait jamais assez vite à mon gré. A peine eus-je reçu les lettres nécessaires que je me rendis à mon poste.
Je voulais prendre les mesures indispensables pour assurer une brillante saison d’opéra à Magdebourg. Le malheureux directeur, en faillite permanente, venait d obtenir un « nouveau » et « dernier » secours du roi de Prusse, dont la faveur était inépuisable, et ce subside, somme assez respectable, avait été confié par le souverain à un comité de bourgeois importants de Magdebourg. Ce qùe cela signifiait et quel aspect prirent à mes yeux les conditions artistiques de Magdebourg se conçoit facilement lorsqu’on sait l’état misérable où vegetent nos théâtres de province.
Je m’offris tout de suite pour aller à la recherche de bons chanteurs; je ferais le voyage à mes frais et n exigerais comme dédommagement que la promesse d une représentation à mon bénéfice. On accepta volontiers ma proposition. Avec emphase, le directeur m’accorda pleins pouvoirs et sa bénédiction par-dessus le marché. Pendant ce court séjour à Magdebourg, j avais de nouveau vécu dans une douce intimité avec Minna qui avait maintenant sa mère auprès d’elle; je lui dis donc adieu et partis pour accomplir mon entreprise hardie. Tout d’abord, il me fut difficile de me procurer a Leipzig l’argent de ce voyage, dont j’avais parlé avec tant de désintéressement à Magdebourg. J’eus beau faire reluire la gloire de la protection royale sous ses couleurs les plus brillantes, aux yeux de mon excellent beau-frère Brockhaus, il ne se laissa pas éblouir et