‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 144 sur 285 · MES SUCCÈS DE DIRECTEUR · texte numérisé non relu

MES SUCCÈS DE DIRECTEUR

Malgré ses prétentions, on engagea aussi Mme Pollert, qui plaisait beaucoup. Comme on trouva enfin un baryton en la personne de M. Krug, bon musicien, ayant de l’école, et qui devint plus tard, directeur de chœur, à Carlsruhe, je me vis tout à coup à la tête d’une excellente troupe d’opéra, dans laquelle mon Graef seul ne pouvait être employé que par des tours d’escamotage. Nous parvînmes à donner une série de représentations qui sortaient de l’ordinaire et notre répertoire s’étendit à tout ce qui avait été composé dans le grand opéra.

Une représentation presque solennelle de la Jessonde , de Spohr, nous valut une haute considération de la part des connaisseurs et me causa une joie profonde.

Je m’employais infatigablement à trouver des moyens d’élever notre scène au-dessus du niveau habituel de nos théâtres de province, mal organisés en général, et je m’attirai l’inimitié de Bethmann en renforçant l’orchestre, car il devait payer les musiciens. Mais je regagnai sa faveur en doublant les chœurs et la musique du théâtre, qui ne lui coûtaient rien. J’avais réussi à obtenir le concours des musiciens du régiment et des chanteurs militaires qu’on stylait très bien dans l’armée prussienne ; comme dédommagement, ils se contentaient d’entrées gratuites sur la galerie pour les membres de leur famille. Nos représentations devinrent si brillantes que les abonnements et la fréquentation du théâtre prirent un essor tout à fait extraordinaire. Dans la Norma de Bellini, entre autres, je parvins à réunir sur la scène le grand chœur de la foule qu’exige la partition et pour l’unisono du chœur d’hommes de l’introduction, qui me faisait grande impres-

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