TOME I
IQ 4
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péché contre la pudeur et que questionne le chef des sbires, Brighella. Le contraste de la situation n'en devient que plus accentué lorsque le sombre personnage de Friedrich traverse la foule qui a envahi le prétoire, et lui ordonne le silence. Il interroge lui-même sévèrement Claudio, mais au moment où il va prononcer l’arrêt fatal, Isabelle paraît et réclame une entrevue seul à seul avec lui. Elle se domine devant cet homme qu’elle craint et qu’elle méprise. Elle fait appel à sa bonté et à sa géné* rosité. Les objections du gouverneur augmentent l’émotion de la jeune fille : elle présente le péché de son frère sous un jour touchant et demande grâce pour une faute si humaine et facilement pardonnable. Voyant l’effet que produit son discours chaleureux, elle continue à s’adresser au cœur du juge, qui, certainement, dit-elle, n’a pas toujours été fermé aux sentiments éprouvés par son frère. L’expérience devrait l’avoir rendu pitoyable. En effet, le cœur de glace s’attendrit. Friedrich, profondément ému par la beauté d’Isabelle, ne se maîtrise plus et lui promet ce qu’elle voudra à condition qu’elle lui accorde son amour en récompense. A peine a-t-elle ouï ce résultat inattendu de ses supplications qu’elle se jette à la fenêtre, et qu’au comble de l’indignation, elle harangue le peuple auquel elle veut dévoiler l’hypocrite. La salle va être envahie. Mais Friedrich, avec une énergie désespérée, parvient à faire comprendre assez tôt à Isabelle la folie de son intention. Il rejettera ses accusations, et prétendra qu’elle-même a essayé de le séduire. Isabelle confuse et très troublée, comprend que sa précipitation est une imprudence et s’abandonne à un morne désespoir.
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Friedrich se montre alors plus sévère que jamais vis-à-vis de la populace et prononce l’arrêt de mort du condamné. Isabelle, à ce moment, guidée par le souvenir de Marianne, a une idée subite : peut-être lui sera-t-il possible d'obtenir par la ruse ce qui ne lui a pas réussi par la franchise. En apparence, son humeur se métamorphose soudain. S’adressant à son frère gémissant, aux amis stupéfaits, au peuple perplexe, elle annonce que de joyeuses fêtes vont avoir lieu pour le Carnaval et qu’elles seront d’une licence inconnue jusqu’ici, car le gouverneur ne se donne cet air sévère que pour surprendre son monde d’autant plus agréablement. Il prendra part lui-même aux amusements autrefois interdits. Tous la croient devenue folle ; Friedrich lui reproche sa conduite incompréhensible avec une violente dureté; peu de mots cependant que lui chuchote Isabelle, suffisent à opérer un revirement complet dans sa manière de voir et à l’entraîner dans l’enivrement général ; elle lui a promis tout bas de répondre à ses désirs et de lui accorder un rendez-vous d’amour pour la nuit suivante.
« Le premier acte s’achève au milieu de ces émois, et le commencement du deuxième nous fait connaître le plan si rapidement conçu par l’héroïne.
« Elle se rend dans le cachot de son frère, car elle veut d’abord se convaincre qu’il est digne d’être sauvé. Elle lui fait part des honteuses propositions du gouverneur et lui demande s’il sauverait sa vie au prix de l’honneur de sa sœur?
« Claudio trouve son doute odieux : il est prêt à se sacrifier, et prend congé de la vie en chargeant sa sœur de
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ses adieux pour son amante. Mais alors, l'attendrissement s'empare de lui et le conduit jusqu'à la lâcheté. Isabelle, sur le point de lui annoncer sa délivrance, s’arrête, terrifiée ; elle voit venir le moment où son frère tombera de la plus haute noblesse de cœur à l’aveu honteux de son désir de vivre et où il lui demandera si le prix de sa vie lui semble exorbitant. Elle se redresse épouvantée, repousse le lâche et lui jette tout son mépris à la face. Elle le remet entre les mains du geôlier et sort de la prison. A peine dehors, elle reprend son air joyeux. Résolue de punir le frère versatile en le laissant dans l’incertitude de son sort, elle n'abandonne pas son intention de délivrer la terre de l’hypocrite faiseur de lois. Elle donne à Friedrich rendez-vous pour la nuit et prévient Marianne d’y aller à sa place. Afin de perdre plus sûrement l’ennemi, elle a choisi comme lieu de rencontre les abords d’une des maisons de plaisir dont il avait lui-même ordonné la fermeture, et il doit y venir masqué.
« Pour punir également Luzio de son effrontée déclaration d’amour, elle lui fait part des propositions de Friedrich et de l’obligation où elle est d’y répondre. Elle le lui dit d’un ton si frivole que le jeune homme, d’ordinaire frivole lui-même, est pris d’étonnement et de désespoir furieux. Il jure qu’il empêchera cette honte inouïe d’atteindre la noble jeune fille, qui veut s’y soumettre, dût-il pour cela mettre tout Palerme en révolution. Et vraiment, il réussit à rassembler tous ses amis et connaissances à l’entrée du Corso comme pour assister au défilé du grand cortège de Carnaval. Il les rejoint à la tombée de la nuit et, au milieu de la joie et des cris, il
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arrive à susciter la rage sanguinaire de tous par une chanson d’une gaieté exagérée, mais qui a pour refrain : « Nous frapperons d’un coup de poignard au cœur celui qui ne rit pas avec nous. »
« Une bande de sbires, sous la conduite de Brighella, s’apprête à disperser la foule et le but de la chanson est sur le point d’être atteint ; Luzio cependant demande à ses amis de céder cette fois encore, mais de demeurer dans le voisinage, car il veut gagner à leur cause le chef véritable de l’entreprise. L’endroit où ils se trouvent est en effet celui qu’Isabelle lui a désigné hardiment comme lieu de son rendez-vous avec le gouverneur. Luzio guette ce dernier ; il le reconnaît, bien qu’il arrive soigneusement masqué, et lui barre le chemin ; l’autre se dégage de force ; Luzio le poursuit l’épée nue en criant ; mais il s’arrête soudain, stupéfait, car dans le buisson il vient d’apercevoir la personne voilée d’Isabelle. Celle-ci sort de sa cachette tout heureuse de penser qu’en ce moment Marianne a reconquis l’époux infidèle ; dans sa main, elle tient le décret qui gracie son frère, et dans sa joie elle est prête à abandonner bénévolement toute autre vengeance. Mais brisant le seing du document, elle s’aperçoit avec terreur que c’est l’arrêt de mort de son frère. Le hasard l’a mis en sa possession par l’entremise du geôlier qu’elle avait soudoyé pour voir son frère. Au heu de la lettre de grâce, le geôlier lui a rendu la condamnation à mort. Après une lutte violente contre la passion qui le dévorait, Friedrich s’était senti impuissant à la vaincre et il avait résolu de mourir, coupable sans doute, mais homme d’honneur encore, Passer une heure dans les bras
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d Isabelle, puis périr victime de la même loi dont la sévérité coûtait la vie à Claudio, voilà quelle avait été sa résolution.
« Isabelle croyant reconnaître une nouvelle infamie de 1 hypocrite se livre à un désespoir furieux. Elle excite toute la population à la révolte contre cet abominable tyran ; mais Luzio, qui arrive sur ces entrefaites, déconseille à la foule, avec une amertume violente, d’écouter cette femme trompeuse. Dans son malheureux aveuglement, il la croit infidèle. Grand désordre, désespoir croissant d’Isabelle et, dans le fond de la scène, cris grotesques de Brighella qui se trouve engagé lui-même dans une intrigue d’amour et de jalousie, et qui s’est emparé par erreur de la personne de Friedrich, provoquant ainsi sa découverte. On reconnaît le gouverneur ; à ses côtés, on démasque la tremblante Marianne. Étonnement, colère, allégresse : tout s’explique. Friedrich demande à être mis en jugement; Claudio, que le peuple transporté de joie a sorti de son cachot, lui démontre que les péchés d’amour ne doivent pas toujours être punis de mort.
« On annonce alors le retour imprévu du roi dans la rade et on décide d’aller en cortège de masques à la rencontre du souverain bien-aimé, afin de le convaincre que le sombre puritanisme germanique n’est pas fait pour la brûlante Sicile, car il est dit : « Les fêtes jo} 7 euses rendent son peuple plus heureux que vos tristes lois. » Friedrich ayant Marianne à son bras ouvre la marche, suivi du deuxième couple, Luzio et la novice, perdue à jamais pour le couvent. »
Ces scènes animées et hardiment conçues étaient écrites