‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 151 sur 285 · SCÈNE DERRIÈRE LES COULISSES · texte numérisé non relu

SCÈNE DERRIÈRE LES COULISSES

impression et qu’on ne s’était absolument pas rendu compte de ce que j’avais voulu dire. Cependant j’espérais qu il y aurait du monde et je ne réduisis pas les prix d’entrée. J’ignore si au lever du rideau il se serait trouvé quelques spectateurs dans la salle ; je sais seulement qu un quart d’heure avant le commencement de l’ouverture, je ne vis aux premières places du parquet que Mme Gottschalk et son mari, ainsi qu’un juif polonais en costume national complet. J’espérais toutefois que le public augmenterait encore, quand soudain une scène inouïe éclata derrière les coulisses. Le mari de ma prima donna (de celle qui jouait le rôle d’Isabelle), M. Pollert, se mit à travailler à coups de poings le second ténor, Schreiber, un fort joli garçon qui chantait Claudio ; depuis longtemps, paraît-il, le mari nourrissait contre lui une haine secrète provoquée par la jalousie. Il semble que ce colérique époux, ayant constaté avec moi par le trou du rideau que la salle était déserte, avait jugé 1 heure propice de se venger du courtisan de sa femme, sans pour cela nuire aux intérêts du théâtre. Il administra force horions à Claudio, de sorte que le malheureux dut se réfugier dans sa loge le visage en sang. On prévint Isabelle qui, désespérée, essaya d’intervenir; mais n obtenant de son mari que des bourrades, elle s abandonna à une attaque de nerfs. Alors la confusion ne connut plus de bornes ; tout le monde s’en mêla ; on prit parti pour l’un ou pour l’autre, et il ne s’en fallut guère que la scène ne devînt un véritable champ de bataille. On aurait pu croire que chacun choisissait cette malheureuse soirée pour régler ses comptes personnels.

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