POURSUITES DES CRÉANCIERS
Le couple auquel M. Pollert avait si rudement intimé « la défense d’aimer » n’étant plus en état de se présenter en scène, le régisseur dut paraître devant le rideau pour prévenir mon mince public, si singulièrement composé, que, pour cause de circonstances imprévues, il n’y aurait pas de représentation. C’est ainsi que se termina à Magdebourg ma carrière de compositeur et de chef de musique ; elle avait commencé pleine de promesses et avec des sacrifices relativement grands.
Dès lors, l’insouciance de l’artiste disparut de ma vie, il ne me resta plus que les soucis de l’homme. Ma position me donnait à réfléchir et ne m’offrait aucun point lumineux. Tous les espoirs que Minna et moi nous avions fondés sur la réussite de mon œuvre s’étaient envolés sans retour. Mes créanciers, qui avaient compté sur cette recette, doutèrent de mon talent et trouvèrent prudent de s’en prendre à ma personne civile ; ils essayèrent de rentrer dans leurs fonds en se hâtant de déposer des plaintes en justice contre moi. SI bien que mon petit logis du Breiten Weg me devint insupportable : chaque fois que je rentrais, je trouvais une citation d’huissier clouée à ma porte. J’évitai donc d’y retourner, d’autant plus que mon caniche brun, la seule gaieté de cet asile, avait disparu. Cette perte fut à mes yeux le présage de l’écroulement total de ma situation.
Minna, par sa fermeté et son assurance, fut vraiment ma seule consolation et mon salut dans ces temps de désolation. Prévoyante comme toujours, elle s’était occupée de son avenir : elle était sur le point de conclure