TRISTE DÉPART DE MACDEBOURG
chaine. Deux ans après, et sans que je l’eusse revue, j’appris la nouvelle de son décès subit.
Je passai encore quelques semaines avec Minna dans une profonde retraite à Magdebourg. Elle faisait son possible pour me soutenir dans ma détresse. En attendant une séparation dont nous ignorions la durée, nous ne nous quittions presque plus et notre unique délassement était de faire des promenades aux environs de la ville.
De sombres présages contribuaient encore à attrister mon esprit. Un jour, le soleil de mai, qui éclairait comme pour nous narguer les mornes rues de Magdebourg, s’obscurcit soudain presque totalement. Je ne me rappelle pas avoir jamais revu phénomène semblable et j’en éprouvai alors une véritable épouvante. Une autre fois, revenant d’un tour à la campagne, nous approchions du pont de l’Elbe, quand nous aperçûmes un homme qui se jetait dans le fleuve. Nous courûmes le long de la rive en appelant au secours et nous réussîmes à héler le propriétaire d’un des moulins à eau qui reposent sur le courant. Il tendit une perche au malheureux que les flots entraînaient de ce côté. Nous vîmes le désespéré lever la main vers la perche, mais il la manqua et, à notre indicible horreur, il disparut à l’instant même sous la roue du moulin. On ne le revit plus.
Le matin encore où j’accompagnai Minna jusqu’à la diligence en lui disant un bien triste adieu, toute la population affluait par une des portes de la ville vers une grande pelouse, afin d’assister à l’exécution d’un soldat coupable d’avoir tué sa fiancée, par jalousie et avec