‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 153 sur 285 · ADIEUX A ROSALIE · texte numérisé non relu

ADIEUX A ROSALIE

un contrat assez avantageux avec la direction du théâtre de Kônigsberg. Il s’agissait donc de me procurer à ce même théâtre une place de chef d’orchestre. Or, il n’y en avait point de disponible. Mais le directeur de Kônigsberg, ayant sans doute remarqué à notre correspondance que l’engagement de Minna dépendait du mien, laissa entrevoir qu’on créerait prochainement un poste de chef d’orchestre et qu’il serait prêt à me le confier. Nous convînmes donc que Minna irait pour l’instant seule à Kônigsberg, afin de préparer les voies.

En attendant nous vécûmes des jours pleins de gros soucis dans les murs de Magdebourg. Je fis bien encore un effort pour améliorer ma situation en essayant d’entrer en pourparlers avec le théâtre de Leipzig à propos de mon Liebesverbot, ainsi que je l’ai dit. Mais je m’aperçus bientôt qu’il ne m’était plus possible de rester ni dans ma ville natale, ni auprès de ma famille ; un vague sentiment de crainte m’en chassait. Mon humeur inquiète, mélancolique et silencieuse avait frappé les miens, et ma mère me supplia, quoi qu’il arrivât, de ne pas, au nom du ciel, me laisser entraîner à me marier si jeune ! Je ne répondis rien. Quand je partis, Rosalie m’accompagna jusque sur le palier; je voulus feindre un adieu provisoire en prétextant encore quelques courses à faire, mais elle prit ma main, me regarda longtemps dans les yeux et me dit :

— Dieu sait quand je te reverrai !

J’en eus le cœur serré, mais ma mauvaise conscience seule semblait atteinte ; je compris plus tard seulement que ma sœur avait eu le pressentiment de sa mort pro-

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