LE DIRECTEUR CERF
Ce théâtre était dirigé à cette époque par l’un des produits les plus originaux de la vie berlinoise : il se nommait Cerf et avait obtenu du roi de Prusse le droit de prendre le titre de « conseiller de commission » ! On disait, à propos de sa grande faveur à la cour, des choses qui n’étaient pas précisément du meilleur goût ; mais, grâce à cette faveur, il était arrivé à augmenter d’une façon extraordinaire les privilèges de ce théâtre de faubourg. Le déclin du grand opéra au théâtre royal avait fait reporter les bonnes grâces du public sur le genre léger, que la scène de « Kônigstaedt » cultivait avec beaucoup de succès. Les belles affaires avaient rendu le directeur arrogant, et il était absolument d’accord avec les gens qui prétendaient que, pour être bien gérée, une entreprise théâtrale doit être administrée par un homme ordinaire et sans culture. Cerf se croyait donc celui qu’il fallait et il manifestait sans gêne et de la façon la plus divertissante sa bienheureuse ignorance. Se fiant absolument à son coup d’œil, il avait pris des allures de dictateur vis-à-vis des artistes de son théâtre et il n’agissait que selon son bon plaisir. Ce trait de caractère sembla vouloir tourner à mon avantage. Dès ma première visite, Cerf déclara que je lui plaisais, quoiqu’il eût préféré m’utiliser comme ténor. Il n’eut pas la moindre hésitation quand je lui parlai de faire représenter mon Liebesverbot et me promit immédiatement de l’accepter. Mais, avant tout, il voulait me donner la place de chef d’orchestre de son théâtre. Il était sur le point de renouveler son personnel d’opéra et il craignait que son maître de chapelle actuel, Glaser (le compositeur de l’ Adlershorst ),