‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 157 sur 285 · VILENIES DE CERF · texte numérisé non relu

VILENIES DE CERF

ne lui devînt incommode en prenant parti pour les anciens chanteurs. C’est pourquoi il souhaitait m’engager, moi, afin d’avoir quelqu’un « qui fût disposé favorablement envers les nouveaux chanteurs ». Tout cela se fit si facilement que j’étais bien en droit de me croire arrivé à un tournant heureux de ma destinée, et de laisser mon cœur tourmenté se livrer à une heureuse espérance.

Mais j’avais à peine eu le temps de prendre mes dispositions selon ces favorables expectatives que déjà je m’apercevais avoir bâti sur le sable. Je constatai rapidement, et avec une véritable stupeur, les tromperies raffinées que Cerf s’était permises à mon égard, rien que pour s’amuser, semble-t-il. A la façon des potentats, il m’avait témoigné directement les preuves autocratiques de sa faveur, mais ensuite il se servit de ses employés et secrétaires pour me faire savoir sa rétractation et l’annulation de ses promesses. Pour blanchir son inqualifiable conduite, il employa les prétextes habituels des potentats qui se prétendent toujours dépendants de leur bureaucratie.

Cerf, qui voulait se débarrasser de moi sans m’accorder de dédommagement pour la rupture de ses engagements, me laissa donc me débrouiller avec ces mêmes personnes contre lesquelles il m’avait prévenu en voulant faire de moi son allié. Maître de chapelle, régisseur, secrétaire et d’autres furent chargés de me prouver que mes souhaits n’étaient pas réalisables et que le directeur ne me devait rien pour le temps que j’avais perdu à attendre la réalisation de ses promesses. Je me souviens que ces longues et pénibles chicanes me remplirent du pressentiment douloureux de ce que serait ma vie entière.

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