BERLIN
En fin de compte, ma situation était pire qu’auparavant. Minna ne m’écrivait rien d’encourageant non plus de Kônigsberg. Le directeur de son théâtre semblait se trouver vis-à-vis de son chef d’orchestre dans une position mal définie, que je ne compris que trop bien plus tard. Pour le moment, mes perspectives d’obtenir la place désirée étaient reculées à l’infini. Toutefois il semblait chose sûre que je l’aurais en automne, et comme à aucun prix je ne voulais retourner à Leipzig je continuai à vaguer par Berlin et à construire sur ces faibles espérances le bateau qui devait me conduire de la mer de sable berlinoise au port protecteur de la mer Baltique.
Mais avant d’en arriver là, j’eus encore à soutenir de graves luttes morales par le fait de ma liaison avec Minna. Un trait incompréhensible de ce caractère féminin, si simple en apparence, m’avait jeté dans une grande inquiétude. Un commerçant aimable et bien situé, d’origine juive et nommé Schwabe,qui avait habité Magdebourg, chercha à se rapprocher de moi à Berlin, et j’appris bientôt que la sympathie qu’il me montrait reposait sur l’intérêt passionné qu’il portait à Minna. Plus tard je compris clairement qu’il avait existé entre eux certaines relations, et, quoique je ne pusse les considérer comme une infidélité envers moi, puisque finalement les assiduités du rival avaient essuyé un refus en ma faveur, j’étais rempli de sombres pensées. Ces intrigues avaient été menées si secrètement que je ne m’étais douté de rien. Je soupçonnai aussi que la belle situation matérielle de Minna était en partie le fait de cet homme.