LE CHEF D’ORCHESTRE LOUIS SCHUBERT
Pargent sans risquer de capitaux. Il le faisait dans le but d’acquérir les moyens d’accorder encore au théâtre quelques secours, peu élevés, il est vrai, mais en rapport avec la déchéance actuelle de l’entreprise. Cet homme original, que le directeur Antoine Hübsch craignait avec quelque raison, entreprit de régler mon engagement.
Il avait, pour cela, à surmonter la difficulté suivante : Louis Schubert, musicien de talent et que j’avais connu à Magdebourg, où il était premier violoncelliste à l’orchestre, avait dû quitter Riga, dont le théâtre avait été fermé momentanément. Il y avait laissé sa femme et, en attendant que la saison reprît, il était venu diriger l’orchestre de Konigsberg. Mais cette reprise, qui aurait dû avoir lieu à Pâques, avait été retardée, de sorte que Schubert ne tenait pas à quitter Konigsberg. Comme il était, d’autre part, très capable dans ses fonctions, Hübsch, le directeur, se trouvait dans l’embarras; il lui fallait un remplaçant qui fût disposé à venir dès que son chef d’orchestre serait forcé de partir. Comme ce départ dépendait de conditions encore incertaines, il lui était fort avantageux d’avoir sous la main un jeune chef d’orchestre qu’attirait invinciblement Konigsberg et qui fût toujours prêt à accepter la place. Hübsch déclara donc qu’il m’accorderait, en attendant l’engagement définitif, un traitement de subsistance. Mais Schubert me vit arriver avec un grand courroux. Son retour à Riga était renvoyé à une époque indéfinie, pour le moment où le nouveau théâtre serait achevé; de plus, l’intérêt particulier que lui inspirait la première cantatrice de l’Opéra de Konigsberg refroidissait son désir