‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 163 sur 285 · TRISTE SÉJOUR A MEMEL · texte numérisé non relu

TRISTE SÉJOUR A MEMEL

d’aller retrouver sa femme. Il se cramponna donc désespérément à la place de Konigsberg, me considéra comme son ennemi mortel et employa tous les moyens possibles pour que ma vie à Konigsberg, rendue déjà fort pénible par l’attente de son départ, devînt un véritable enfer. Tandis qu’à Magdebourg j’entretenais les rapports les plus amicaux avec les musiciens et les chanteurs et que je jouissais de la faveur du public, à Konigsberg je me trouvai d’emblée en butte aux inimitiés les plus blessantes, contre lesquelles j’avais peine à me défendre. Je me sentais donc comme en exil sur les bords de la Baltique et je sentais aussi que vouloir, malgré la difficulté de ma situation, forcer mon mariage avec Minna était vraiment une entreprise des plus hasardeuses.

Au commencement d’août, la troupe alla donner des représentations à Memel pendant la saison balnéaire. J y suivis Minna au bout de quelques jours. Le voyage s’effectua en grande partie par bateau, sur le Curisch Haff. Le temps était mauvais, le vent contraire ; on n employait pas encore la vapeur ; ce fut un des trajets les plus mélancoliques que j’aie jamais faits. Sur l’une des étroites langues de terre sablonneuse qui séparent le Curisch Haff de la mer, on me montra le château de Runsitten, où Hoffmann a placé l’un de ses plus effrayants récits, le Majorât . Qu’après un si long espace de temps les impressions fantastiques de ma jeunesse fussent ranimées dans ce paysage morne et abandonné, cela me produisit un effet bizarre et inquiétant.

Le triste séjour de Memel, le rôle piteux que j’y jouai, tout contribua à me faire chercher mon unique con-

Page 1