PRÉPARATIFS DU MARIAGE
Le pasteur se tranquillisa et le mariage fut fixé au lendemain à onze heures.
L’installation de notre intérieur nous suscita d’autres ennuis qui amenèrent souvent d’absurdes querelles. Je voulais donner à cet intérieur, autant que possible, un caractère plaisant et confortable qui me garantirait ma tranquillité et mon bonheur. Les observations raisonnables de ma fiancée m’impatientaient. Je trouvais nécessaire de symboliser le début d’une longue suite d’années prospères par le bien-être domestique. Nous achetâmes donc à crédit, avec amortissement graduel de payement, des meubles, des ustensiles et tout le nécessaire. Bien entendu, il ne fut pas question de dot ou de trousseau et de toutes les choses qui, dans les milieux bourgeois les plus simples, font du mariage la base de l’aisance future.
Témoins et convives furent choisis parmi les acteurs qui se trouvaient par hasard au théâtre. L’ami Moeller nous offrit un sucrier en argent auquel vint se joindre une petite corbeille à gâteaux, en argent aussi ; c’était le cadeau d’un autre Mécène, un jeune homme original et intéressant, nommé Ernest Castell. La Muette de Portici, jouée la veille, et que j’avais dirigée avec feu, avait bien réussi et rapporté la bonne recette attendue. C’est après cette soirée, qui nous avait fatigués, que je pris tranquillement possession de notre nouvelle demeure. Mais je ne me couchai pas dans le lit conjugal déjà tout apprêté ; je passai la nuit sur un canapé fort dur. Très peu couvert, je claquais des dents en attendant le bonheur du jour suivant. Le matin, l’arrivée des malles et des