L’HEUREUSE FAMILLE D’OURS
sa fatale enseigne, quand une singulière apparition l’arrête dans son dessein. Sur la route arrive un meneur d ours qui fait danser sa lourde bête, et, au premier coup d œil, le pauvre amoureux reconnaît en lui son père dont un destin bizarre l’avait séparé. Il cache toutefois l’émotion que lui cause cette découverte, car, avec la rapidité de 1 éclair, il a conçu un projet qui le libérera de sa malheureuse union. Le père de la fiancée est un vieux marquis féru de noblesse, et c’est là-dessus que le bijoutier bâtit son plan. Il invite le meneur d’ours à venir le soir même dans le jardin ou l’on célébrera les fiançailles et où sera réunie une brillante société. En attendant, il laisse son enseigne en place, car il espère bien prouver la vérité de sa devise. Tous les invités sont là. Je supposais qu’ils appartenaient à cette classe d’orgueilleux aristocrates qui avaient émigré au temps de la Révolution. On procède à la lecture du contrat dans lequel le jeune homme s’est affublé d’un tas de titres nobiliaires de son invention. Soudain, on entend le fifre du meneur d’ours : il entre dans le jardin avec sa bête. Mécontente déjà de ce divertissement trivial, la société est prise d’une indignation qui tient de la stupéfaction, lorsqu’elle voit le jeune homme donner libre cours à son amour filial et se jeter au cou du meneur d’ours. En pleurant de joie, il déclare qu il a retrouve son père. Mais la stupeur augmente encore lorsque l’ours lui-même enlace le prétendant soi-disant noble; car l’ours n’est autre que son propre frère. Après la mort du véritable Martin, il est entré dans la peau de celui-ci, pour ne pas perdre l’unique gagne-pain qui fût resté à ces malheureux. La découverte