DÉSACCORD CROISSANT AVEC MINNA
insupportables. Cette fois cependant je ne perdis pas courage. Minna, au contraire, qui était ma femme à présent et qui avait perdu le droit de se servir des moyens dont elle usait autrefois dans des cas semblables, se sentit la victime de la plus affreuse des destinées.
Dans de si tristes circonstances, la brouille qui germait depuis longtemps au sein du jeune ménage devait finir par éclater, et cette brouille eut sa source dans ce qui m’avait tant inquiété avant mon mariage et qui avait donné lieu déjà à de si violentes querelles. Me voyant, dans le cours de cet hiver, hors d’état de subvenir aux frais de notre ménage par mon travail et par l’emploi de mes facultés, Minna se crut obligée, à ma honte, d’assumer ce soin en profitant de la sympathie qu’elle inspirait. Nous avions des scènes extrêmement pénibles quand je m’apercevais de ce que je nommais autrefois ses condescendances et qui prenaient un caractère équivoque par la façon dont Minna comprenait sa position au théâtre et les obligations auxquelles elle croyait devoir se soumettre. Il me fut impossible de convertir la jeune femme à ma manière de voir et de lui faire comprendre ce que ces rencontres avaient d’offensant pour moi ; ce qui empêchait toute explication raisonnable entre nous, c’était la violence et la blessante amertume auxquelles je me laissais aller. Plusieurs fois, à la suite de telles scènes, ma femme fut prise d’attaques de nerfs qui me remplirent d’une inquiétude sérieuse, de sorte que le seul résultat de ces discussions était la satisfaction que j’avais à la savoir enfin de nouveau réconciliée. Une chose est certaine, nous finîmes par ne plus rien com-