FUITE DE MINNA
d’elle sa fille Nathalie. Je lui avais donné affectueusement l’autorisation de la faire venir, et cette enfant passait aux yeux de tous pour sa jeune sœur. Au moment donc où je disais tranquillement « au revoir » à Minna, elle se précipita sur moi, suivie de sa fille, et l’une et l’autre m’embrassèrent si passionnément, tout en pleurant, que je leur demandai, effrayé, la cause de cette émotion. N’obtenant pas de réponse, je dus m’éloigner en réfléchissant à la bizarrerie de cette conduite, sans avoir toutefois le moindre soupçon de ce qui allait arriver. Lorsque je rentrai assez tard au logis, affamé, éreinté et irrité par le mauvais sang que je m’étais fait au théâtre, je fus surpris de voir que le couvert n’était pas mis et que Minna n’y était pas. La domestique me dit qu’elle était sortie avec Nathalie. Je pris patience et m’assis, harassé, près de sa table à ouvrage, que j’ouvris distraitement. Quel ne fut pas mon étonnement de la trouver vide ! Pris d’un terrible soupçon, je courus à son armoire à vêtements et je constatai rapidement que Minna n’habitait plus notre logement. Le départ de ma femme avait été exécuté avec une telle ruse que même la domestique ne s’en était pas aperçue.
La mort dans l’âme, je me précipitai hors de la maison pour chercher à découvrir les traces de Minna. Grâce à la perspicacité du vieux Mœller, ennemi personnel de Dietrich, j’appris bientôt que celui-ci avait quitté Konigsberg le matin, en chaise particulière, dans la direction de Berlin. Le fait épouvantable se dressait devant moi dans toute son évidence. Il fallait donc essayer de rattraper les fugitifs. C’était possible, en y mettant de