VAINE POURSUITE
l’argent, mais il me manquait, et ce fut à grand’peine que je réussis à rassembler une certaine somme. Sur le conseil de Mœller, j’emportai, en cas de besoin, nos cadeaux de noce en argenterie, et, après quelques heures affreuses, je pris une voiture de poste particulière, avec mon vieil ami, très soucieux aussi. Nous devions tâcher de rejoindre la diligence, partie peu de temps auparavant, car nous supposions qu’à une certaine distance de Kônigsberg, Minna y monterait pour continuer son voyage. Mais il nous fut impossible de la rattraper. A l’aube du jour suivant, nous étions à Elbing, et là il nous fallut constater que le prix exorbitant de la location de notre voiture avait épuisé nos fonds. Nous ne pouvions donc rien faire d’autre que retourner à Konigsberg, et, même pour cela et en empruntant la diligence, il me fallut mettre en gage sucrier et corbeille à gâteaux. Ce retour demeure avec raison un des plus tristes souvenirs de ma jeunesse.
Je ne songeai plus qu’à quitter Kônigsberg aussitôt que possible. Serré entre les poursuites de mes créanciers de Magdebourg et les mesures violentes que prenaient mes fournisseurs de Kônigsberg, je ne pouvais effectuer mon départ que subrepticement. Mais pour cela il fallait encore de l’argent, étant donné surtout que le trajet de cette ville à Dresde, où je voulais aller trouver ma femme, est extrêmement long. Les deux jours que je passai à m’en procurer furent abominables.
Je ne reçus directement aucune nouvelle de Minna; mais j’appris par Mœller que Dietrich ne l’avait accompagnée qu’un bout de chemin, soi-disant pour lui prêter