‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 194 sur 285 · REPENTIR DE MINNA · texte numérisé non relu

REPENTIR DE MINNA

Mais Minna, là-dessus, s’adressa elle-même à moi dans une lettre vraiment touchante où elle m'avouait franchement son infidélité. De même qu'elle avait été poussée à la faute par le désespoir, c'était le désespoir aussi, mais de sa propre conduite, qui la poussait à quitter cette voie malheureuse. A ses allusions je devinai qu’elle s'était trompée sur le caractère de son séducteur, et était tombée dans un état pitoyable de souffrances morales et physiques. C’est ainsi que, reconnaissant son affreuse situation, elle revenait à moi, implorant mon pardon et m’assurant de toute façon qu’à présent seulement, elle savait la puissance de l’amour qui la liait à moi.

Jamais je n’avais entendu un tel langage de la part de Minna, et jamais plus je ne devais l’entendre, sauf une fois encore, en une heure émouvante où les mêmes expressions eurent sur mon cœur le même effet troublant et me firent changer de résolution ainsi que le fit cette lettre-ci. Je lui répondis qu’il ne serait plus jamais question entre nous de ce qui s’était passé et dont j’étais le premier fautif. Je puis me vanter d’avoir tenu fidèlement ma parole.

L’engagement de sa sœur ayant été réglé selon nos désirs, j’invitai Minna à se joindre à Amélie et à l’accompagner à Riga. Elles répondirent volontiers à mon appel et arrivèrent le 19 octobre, par un temps froid déjà, dans ma nouvelle patrie.

Je m’aperçus avec chagrin que la santé de Minna était réellement ébranlée et je m’efforçai de lui procurer, selon mes moyens, le confort et le repos qui lui étaient néces-

Page 1