ET D’ALLER A PARIS
plan hardi, j’avais déjà un point de repère à Paris et mes projets n’étaient pas tout à fait construits dans les nuages. Ma sœur cadette, Cécile, était fiancée à un éditeur de la maison Brockhaus, Edouard Avénarius, et celui-ci dirigeait à Paris une succursale de la maison allemande. C’est à lui que je m’adressai pour qu’il allât relancer Scribe et lui demander une réponse à mon offre datant de plusieurs années. Avénarius fit donc une visite à Scribe, qui lui confirma la réception de mon envoi d’antan et lui dit se souvenir du sujet : il y avait entre autres une « joueuse de harpe » maltraitée par son père. De ce que seul ce trait épisodique lui était resté dans la mémoire, je jugeai qu’il n’avait guère lu de mon ouvrage que le premier acte où se trouvait cet incident. Quant à ma partition, il dit seulement qu’il s’en était fait jouer quelques passages par un élève du Conservatoire.
Je ne pouvais donc pas me vanter d’être entré en relations étroites avec lui. Cependant, lorsque j’eus entre les mains la lettre que Scribe écrivit à mon sujet à Avénarius, je crus tenir la preuve palpable que l’écrivain français s’était occupé de moi et que tout de même nous étions en relations. Cette lettre de Scribe fit aussi une impression profonde sur la nature peu exaltée de ma femme, au point même qu’elle réussit à vaincre l’inquiétude que lui donnait l’aventure de Paris. Nous décidâmes donc, sans plus, qu’à la fin de ma seconde année d’engagement à Riga, c’est-à-dire l’été de 1839, nous irions directement à Paris, où je tenterais de faire fortune comme compositeur d’opéra.