‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 204 sur 285 · PRÉPARATIFS DE DÉPART · texte numérisé non relu

PRÉPARATIFS DE DÉPART

Mon Rienzi acquérait ainsi une importance toujours plus grande. Avant notre départ, j'avais déjà achevé le second acte. J’y intercalai un ballet héroïque de dimensions excessives. Alors je constatai qu’il me fallait encore apprendre rapidement le français, que, pendant mes classes de collège, j’avais laissé de côté avec un dédain superbe. Comme il ne me restait que quatre semaines pour rattraper le temps perdu, je pris des leçons chez un bon professeur. Mais je m’aperçus bientôt que, dans ce court espace de temps, je ne pourrais pas arriver à un résultat bien fameux. Je mis donc ces leçons à profit pour faire faire par mon maître, sous prétexte d’exercice, une traduction littérale de mon texte de Rienzi . Je la notais immédiatement à l’encre rouge dans la partition des morceaux de musique déjà composés afin de pouvoir, dès mon arrivée à Paris, offrir la moitié de l’œuvre à la critique des connaisseurs français.

Il me semblait avoir, de cette façon, préparé très raisonnablement mon entreprise. Pour la réaliser, il ne me restait plus qu’à me procurer de l’argent. Là gisait la grosse difficulté. La vente de notre petit mobilier, les recettes d’un concert et quelques petites économies eussent suffi tout juste à payer les créanciers de Magdebourg et de Kônigsberg, qui me poursuivaient en justice à Riga. Si j’employais à cela mes modestes fonds, il ne me restait pas un centime. Il fallait donc découvrir un expédient et notre vieil ami, Abraham Mœller, de Konigsberg, se trouva là à point pour nous donner un conseil de sa façon, parfois sujette à caution. Il était venu nous faire, à cette époque critique, une seconde visite à Riga. Je me

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