‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 232 sur 285 · PAQUES 1S · texte numérisé non relu

PAQUES 1S

ces artistes étaient trop occupés pour le moment. Gouin sut cependant me tirer d'affaire. Fort des pleins pouvoirs du maître, il recruta différents chanteurs qui avaient des obligations à Meyerbeer et qui promirent leur concours pour l'audition projetée. C'étaient Mme Dorus- Gras, véritable prima donna du Grand Opéra, Mme Widmann et M. Dupont, je connaissais ces deux derniers par les vains efforts que j'avais faits pour les amener à chanter mes petites compositions.

Voilà donc où j'en étais après six mois, vers Pâques 1840 ! Bâtissant mes espérances d’avenir sur les démarches de Gouin, qui me semblaient tout à fait sérieuses, et poussé surtout par les conseils téméraires de Lehrs, je résolus de changer la manière de vivre que j'avais suivie jusqu'alors à Paris. Je me décidai à quitter l'obscur quartier des Innocents et à émigrer dans une partie de Paris plus rapprochée du monde des artistes. Ce que cela signifiait et dans quelles conditions cela devait être exécuté, on le comprendra quand j'aurai dit comment nous avions végété jusqu’alors à Paris.

Quoique, dès notre arrivée, nous nous fussions arrangés le plus économiquement possible (nous prenions, par exemple, notre dîner pour un franc dans un tout petit restaurant), le reste de nos ducats s'était bien vite évanoui. L'ami Mœller nous avait donné à entendre que nous pouvions nous adresser à lui dès que nous serions dans le besoin ; il comptait mettre de côté pour nous le gain de sa première bonne affaire. Il n'y eut bientôt plus d'autre ressource; il fallut lui écrire. En attendant, je mis en gage tout ce que nous possédions de valeur.

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