‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 238 sur 285 · APPARTEMENT DE LA RUE DU HELDER · texte numérisé non relu

APPARTEMENT DE LA RUE DU HELDER

l'autre se livraient, sur ma singulière situation, à d'affectueuses plaisanteries qui me faisaient rire moi-même. Laube ne se voyait pas capable de m'adresser des remontrances sérieuses sur mon intention de conquérir Paris, car la légèreté avec laquelle je traitais cet espoir, fondé sur de si faibles bases, finissait par le gagner aussi. Mais, sans me faire opposition, il songea à me venir en aide et, dans ce but, me demanda de lui tracer un plan raisonnable de mes projets. Il voulait par ce moyen obtenir pour moi quelques secours de Leipzig, où il retournait. C'était précisément au moment de l'entente si favorable que j'avais conclue avec le direction de la Renaissance. Il me semblait que je prenais pied et je crus pouvoir affirmer que si j'avais de quoi vivre six mois, j'arriverais à quelque chose. Laube promit de s'en occuper et il tint parole. A Leipzig, il réussit à intéresser à ma carrière un de ses amis riches; les membres fortunés de ma famille furent entraînés par l'exemple, et je reçus, durant six mois, une pension mensuelle par l'intermédiaire d'Avénarius, Nous nous décidâmes donc à quitter notre hôtel garni et à louer un appartement rue du Helder. Ma femme, dont le caractère sérieux et prudent avait fini, grâce à mon insouciance, par perdre sa stabilité, se laissa convaincre de la nécessité de ce changement. Minna se disait surtout que, faisant le ménage elle-même, la vie nous reviendrait moins cher qu'à l'hôtel et au restaurant. La suite lui donna pleinement raison ; mais le point faible était notre installation, car nous ne possédions rien de ce qui constitue un ménage et nous n'avions pas les moyens de nous procurer le plus modeste mobilier.

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