EMMÉNAGEMENT RUE DU HELDER
Lehrs, qui était au courant de toutes les roueries de la vie parisienne, vint nous aider de ses conseils. A son avis, mon entreprise n'était justifiable que si elle obtenait un succès répondant à sa hardiesse ; mais comme je n'avais aucune chance d'attendre ce succès de longues années, je devais compter sur une faveur toute spéciale du destin ou bien y renoncer d'emblée. Il fallait donc que le but désiré fût atteint dans l'espace de cette année et, pour cela, je devais avoir le courage de risquer quelque chose et prouver que je ne me nommais pas Wagner pour rien (wagner signifie audacieux). Mon appartement de i 200 francs serait payé par trimestre ; quant à l'installation, on en chargerait un menuisier recommandé par la patronne de notre hôtel garni ; il devait nous fournir le nécessaire contre un paiement par acomptes qui paraissait avantageux. Lehrs persistait dans son idée : pour arriver à quelque chose à Paris, il faut avoir une façade qui inspire la confiance.
Mon audition allait avoir lieu ; j'étais sûr du théâtre de la Renaissance. Dumersan me demandait instamment de lui donner à traduire le reste de mon Liebesverbot en vers français... Nous nous risquâmes donc, et, le 15 avril, nous entrions dans le joli appartement de la rue du Helder ; mais, à l'étonnement du concierge, avec fort peu de bagages.
La première visite que je reçus dans ce nouveau logis où je m'étais établi avec des espérances si hardies, fut celle d'Anders. Il venait nous annoncer la faillite et la fermeture du théâtre de la Renaissance.
Cette nouvelle m'atteignit comme un coup de foudre ;