JOUR N K FASTE
propriétaire le métronome que je dissimulai sous mon mince pardessus. Ce jour devait être un des plus extraordinaires de ma vie. Il me sembla que toutes les malchances qui me poursuivaient s'étaient, si je puis dire ainsi, donné rendez-vous pour m'accabler. Outre que je ne savais plus comment procurer à Minna les quelques francs nécessaires à l’entretien de notre pauvre ménage, j’avais à régler plusieurs traites dont l'échéance était arrivée. Suivant la coutume parisienne, j'avais, au moment de notre installation, signé des effets à ordre pour le payement de notre mobilier. Espérant qu'un secours quelconque m'arriverait de n'importe où, je devais tout d'abord chercher à faire patienter les possesseurs de ces papiers qui se trouvaient disséminés dans tous les quartiers possibles, car les traites avaient passé par différentes mains. Ce matin-là donc, il s'agissait d amadouer un marchand de fromages qui demeurait à un cinquième, dans la cité. Puis j'avais l'intention de m adresser à Henri Brockhaus, le beau-frère de mes deux sœurs, qui venait d'arriver à Paris. Enfin, je voulais aller chez Schlesinger et tâcher d'obtenir de lui ce qu'il me fallait d'argent pour affranchir ma partition aux Messageries. En même temps, il me fallait rapporter le métronome emprunté, et c'est pourquoi je m'étais mis en route de bonne heure. Minna m'avait dit un triste au revoir. Elle savait par expérience que quand j'entreprenais cette sorte d'expédition, elle ne me revoyait pas avant le soir.
Les rues étaient remplies de brouillard, et, en sortant de la maison, la première chose que j'aperçus fut Robber,