‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 252 sur 285 · LA « FAVORITE · texte numérisé non relu

LA « FAVORITE

porter les plus oiseuses et longues conversations des visiteurs que mon patron retenait avec intention, je repartis sans en avoir obtenu le moindre secours. A la nuit tombante, je me retrouvai devant la maison où Minna me guettait, anxieuse, de la fenêtre. Elle avait bien deviné ma malchance et afin de me préparer au moins un repas réparateur, elle s'était adressée à notre pensionnaire, le flûtiste Brix, dont elle avait obtenu une petite avance. Quoique ce brave homme, très ennuyeux, mît souvent notre patience à l'épreuve, nous le supportions à cause de sa bonté.

Pour un certain temps, le succès d'un nouvel opéra de Donizetti allait enfin me procurer indirectement quelques revenus, mais cet argent je dus le gagner péniblement.

Le public parisien, dont le goût avait beaucoup baissé, venait d'accueillir avec grand enthousiasme, surtout à cause de deux cabalettes, une œuvre des plus faibles du maestro italien, la Favorite. Schlesinger en avait acheté le droit de reproduction, afin de se dédommager des pertes que lui avaient fait subir les derniers opéras d Halévy. Un matin, il arriva chez moi comme une bombe, rayonnant d'une joie grotesque et demanda plume et papier pour faire sous mes yeux le compte énorme de ce qu'il allait me donner à gagner. Il écrivit : la Favorite t arrangement complet pour piano, arrangement sans texte à deux mains, idem à quatre mains ; arrangement complet pour quatuor, idem pour deux violons, idem pour cornet à piston. Total à payer, i ioo francs, dont 500 d'avance.

D'un seul coup d'œil je vis la détresse où je me jetais

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