LABEUR HUMILIANT
en acceptant cette offre ; pourtant, je n’hésitai pas une seconde à dire oui.
Lorsque j’eus rapporté à la maison les cinq cents francs en lourds écus de cinq francs, je m’amusai à les empiler sur la table. A ce moment même, ma sœur Cécile Avénarius nous fit une visite à l’improviste. La vue de cette richesse la rassura sur notre sort ; jusqu’alors, elle avait toujours montré une retenue inquiète dans ses rapports avec nous. Mais, à partir de ce moment, nous nous vîmes plus souvent et nous fûmes fréquemment invités à dîner chez eux le dimanche.
Cependant aucune distraction n’existait plus pour moi ; les épreuves des derniers temps m’avaient tellement assagi que, en pénitence de tous mes péchés antérieurs, je me plongeai tout entier dans ce labeur humiliant devenu ma seule ressource. Pour économiser le chauffage, nous n’allumions de feu que dans notre chambre à coucher ; elle nous servait à la fois de salon, de salle à manger et de cabinet de travail. En deux pas, j’allais de mon lit à ma table à écrire ; pour manger, je n’avais qu’à me retourner sur ma chaise et je ne la quittais tout à fait que pour regagner mon ht très tard dans la nuit. Tous les quatre jours, régulièrement, je me permettais une petite sortie, afin de me délasser.
Cette mortification dura tout l’hiver et j’y gagnai le germe d’une maladie du bas ventre qui m’incommoda tout le reste de ma vie.
Mes gains s’accrurent encore par la correction très longue et ennuyeuse des épreuves d’une partition de l’opéra de Donizetti, travail pour lequel je parvins à