ŒUVRES DE BERLIOZ
cette composition que gâtaient pourtant son argument et son étendue. Après cette nouvelle symphonie, Berlioz, le même hiver, fit encore répéter sa Symphonie fantastique et son Harold .
J’avais suivi avec une émotion pleine d’admiration les tableaux de genre musicaux qui se succèdent dans la Symphonie fantastique et j’avais pu comprendre presque entièrement Harold. Mais je n’avais pu me défendre d’un singulier et grave sentiment d’oppression devant la personnalité de ce maître merveilleux en entendant sa Symphonie f unèbre pour les victimes de la révolution de Juillet . Cette œuvre avait été exécutée sous sa direction par un corps important et adroitement combiné de musiciens militaires, à la cérémonie de la translation des cendres des victimes au pied de la colonne de Juillet, l’été de 1840. Je compris alors la grandeur et l’énergie de cette nature d’artiste incomparable, unique au monde.
Il me resta pourtant de cette audition l’inquiétude qu’on éprouve devant quelque chose d’étranger qui ne nous deviendra jamais sympathique et cette inquiétude me poussa à me demander pourquoi certaine grande œuvre de Berlioz m’enthousiasmait un jour et me répugnait ou m’ennuyait positivement un autre jour. Pendant des années Berlioz fut pour moi un problème douloureux et irritant que je ne réussis à résoudre que bien plus tard.
A cette époque, je me sentais vraiment encore un écolier devant lui ; aussi tombai-je dans une réelle perplexité quand Schlesinger, voulant me faire profiter du succès d’un de mes articles, m’invita à faire jouer un de mes morceaux pour orchestre dans un grand concert donné