HECTOR BERLIOZ
Ce rapprochement me poussa à essayer de me lier d'amitié avec Berlioz. Je lui avais été présenté, il y avait longtemps, dans les bureaux de Schlesinger, où je le rencontrais souvent et je lui avais même offert un exemplaire de mes Deux grenadiers. Mais je n'avais pu savoir son sentiment sur cette œuvre. Il m’avait dit seulement qu’il ne jouait que peu de la guitare et qu'il n’avait pu l’essayer au piano. Moi, au contraire, j'avais éprouvé une impression extraordinairement stimulante de ses grandes compositions instrumentales, que l’année 1 précédente j’avais entendues plusieurs fois sous sa direction. Cet hiver-là (1839-1840), il fit exécuter pour la première fois sa symphonie de Roméo et Juliette ; il la dirigea à trois reprises et je pus assister à un des concerts.
C’était sans contredit un monde tout nouveau pour moi, dans lequel je tâchai de me retrouver avec impartialité. Tout d’abord, j’avais été presque étourdi par la puissance d’une virtuosité d’orchestre dont je n’avais encore aucune idée. La hardiesse fantastique et la sévère précision avec lesquelles on abordait les combinaisons les plus osées, rendaient celles-ci comme palpables. Elles agissaient avec violence sur moi et refoulaient impétueusement en moi mon sentiment personnel de la musique et de la poésie. J'étais tout oreilles pour des choses dont je n'avais encore aucune notion et que je cherchais à m’expliquer. Dans son Roméo et Juliette , par exemple, j’avais trouvé bien des vides et des banalités, ce qui me peinait d’autant plus que, d’autre part, j'étais subjugué par les nombreuses parties admirables de ce chef-d'œuvre, au point de ne pouvoir exprimer la moindre critique sur