RENONCEMENT AU MONDE
De plus, je n’eus pas la liberté de diriger moi-même et je vis que j’avais affaire à un chef d’orchestre intimement persuadé que ma composition était une absurdité, et ses musiciens semblaient être du même avis.
Berlioz avait assisté à la répétition ; il garda une attitude réservée, il n’encouragea pas, ne découragea pas non plus, et se contenta de sourire et de constater en soupirant que tout était bien difficile à Paris. Le soir du concert (4 février 1841), le public, composé en majeure partie d’abonnés de la Gazette musicale et qui, par conséquent, connaissaient mes articles, ne parut pas mal disposé à mon égard. On m’assura même que l’on aurait cependant applaudi mon ouverture, encore qu’on l’eût trouvée ennuyeuse. Mais ces malheureuses trompettes, aux couacs réguliers dans les plus tendres pianissimos, causèrent aux auditeurs un mécontentement difficile à cacher. A Paris surtout, on a plaisir à constater l’habileté des virtuoses dans les passages difficiles. Je ne me dissimulai pas que j’avais subi un échec complet et qu’ après cette débâcle Paris n’existait plus pour moi. Il ne me restait plus qu’à me renfermer dans ma misérable chambre à coucher et à me remettre à fabriquer des arrangements d’opéras à la Donizetti.
Mon renoncement au monde fut si complet que je ne me rasai même plus. Au grand chagrin de ma femme, je laissai pousser ma barbe comme un pénitent ; ce fut la seule et unique fois de ma vie. Je supportais toutes ces misères avec patience et résignation, mais je devins enragé par le voisinage d’un pianiste qui demeurait dans une chambre à côté de la mienne et qui étudiait toute la