‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 261 sur 285 · VIEUXTEMPS · texte numérisé non relu

VIEUXTEMPS

Le jour de Tan 1841 me retrouva en pleine pénitence en face de ma Favorite .

Je me souviens d'une autre soirée, heureuse encore, quoique d'un autre genre. Elle nous fut procurée par la visite du célèbre violoniste Vieuxtemps, qui se trouvait être un ami d'enfance de Kietz. J'eus la joie de recevoir chez moi ce jeune artiste, alors si fêté à Paris. Toute une soirée, il nous charma, moi et mes amis, par son jeu admirable et mon salon en reçut un véritable prestige. Pour le récompenser de son amabilité, Kietz le prit sur ses épaules et le porta ainsi jusqu’à son hôtel, situé dans notre rue.

Un coup pénible vint me frapper au début de cette année par l'ignorance où j’étais des coutumes de Paris. Nous n'avions naturellement attendu que le terme voulu pour dénoncer notre appartement. Je me rendis donc dans ce but chez la propriétaire, une jeune veuve très riche qui habitait un de ses hôtels au Marais. Elle me reçut avec embarras et me dit qu'elle allait parler de mon congé à son homme d'affaires. On me communiqua par écrit que mon dédit n'était pas valable : j aurais dû l'annoncer la veille. Aux termes du contrat, j étais forcé de payer la location pour un an encore. Très effrayé, je courus chez ce gérant ; je ne fus reçu qu à grand peine et je trouvai un vieillard fort malade et immobilisé par la paralysie. Lorsque je lui eus expliqué mon erreur en le suppliant de vouloir bien me dégager de mes obligations, il se contenta de me répondre que c’était ma faute et non la sienne si j'étais venu un jour trop tard et que je n'avais qu'à m'arranger en conséquence.

Mon concierge, auquel, bouleversé, je rendis compte

Page 1