‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 274 sur 285 · MÉSAVENTURE ARRIVÉE A LACHNER · texte numérisé non relu

MÉSAVENTURE ARRIVÉE A LACHNER

Muette de Portici. Je montrai le contraste que formait cette œuvre avec les mélodies surchargées de Rossini, qui bien souvent ressemblaient à des études de solfège.

En corrigeant les épreuves de mon manuscrit, je m'aperçus que le passage sur Rossini avait été supprimé. M. Edouard Monnais m'avoua que, rédigeant un journal musical, il s'était vu obligé de faire cette coupure. Je pouvais, me dit-il, exprimer mes doutes sur Rossini dans n'importe quel périodique, mais, dans une revue vouée aux intérêts de la musique, cela eût paru tout simplement absurde. Mes éloges sur Auber ne l'avaient pas enchanté non plus, mais il les avait cependant laissés.

Cette manière de juger et de faire m'en dirent long sur la décadence de la musique d'opéra et sur celle du goût artistique des Français actuels.

J'envoyai aussi un grand article sur le même opéra à mon précieux ami Winkler, qui n'était pas encore parvenu à m'informer que mon Rienzi était accepté à Dresde, et j'en profitai pour me moquer d'une mésaventure arrivée au maître de chapelle Lachner.

Lachner était très lié avec Küstner, alors intendant du théâtre de Munich, et celui-ci, voulant que son ami arrivât une fois à quelque chose de bien, avait commandé pour lui un livret d'opéra à Saint-Georges à Paris. Pour un compositeur allemand, recevoir un libretto de Paris était le plus grand bonheur qu’il pût rêver. Or, il se trouva que la Reine de Chypre composée par Halévy traitait absolument le même sujet que le livret fourni à Lachner et que celui-ci avait déjà mis en musique. Que ce livret fût vraiment bon n'avait point d'importance ; l'essentiel

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