LA « REINE DE CHYPRE
Schlesinger vint me trouver, radieux du succès de la Reine de Chypre , et il me promit monts et merveilles pour tous les arrangements possibles de ce nouvel astre, qui brillait dans la constellation des opéras. Je me remis donc à l'œuvre et j'expiai la faute d'avoir composé le Fliegender Hollaender , en accommodant la Reine de Chypre à tous les besoins. Cependant la besogne fut moins pénible qu'avec la Favorite. D'une part, j’espérais être bientôt relevé de mon bannissement à Paris et je me disais que cette phase de ma lutte contre la misère était la dernière ; d'autre part, il était infiniment plus intéressant de s'occuper d'une partition d’Halévy que de l'insipide Favorite .
C'est pour entendre la Reine de Chypre que je retournai au Grand Opéra, après un intervalle bien long ; et quoique j'eusse sujet de sourire et de constater toute la faiblesse du genre de ce théâtre, principalement de la diction musicale, souvent ridicule, j'eus cependant un plaisir réel à apprendre à connaître Halévy sous une de ses meilleures faces. J'appréciais son talent vigoureux et je l'aimais pour son opéra de la Juive .
J'écrivis donc volontiers un article que Schlesinger me demandait pour la Gazette musicale , et je m'étendis longuement sur la dernière œuvre d’Halévy. J’y exprimai, entre autres, le désir de ne pas voir retomber l'école française (qui avait beaucoup gagné par l'étude des maîtres allemands) dans la manière italienne, si superficielle et si plate. Et, dans le but de stimuler précisément cette école française, je me permis d'indiquer la véritable importance d'Auber, et principalement de sa