‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 279 sur 285 · PLAN DE « MANFRED · texte numérisé non relu

PLAN DE « MANFRED

sens la valeur et l’intelligence. Mon poème traitait l’histoire de son fils préféré, Manfred, qui, après la mort de son frère aîné, avait vu l’empire se désagréger complètement et ne régnait sur l’Apulie qu’en apparence, car il était en réalité soumis à la domination papale.

Nous le trouvons, à Capoue, au milieu d’une cour où subsiste encore l’esprit de son père, mais sous une forme amollie et affaiblie. Il désespère de rétablir jamais l'ancienne puissance impériale des Hohenstaufen et essaie d’étourdir son chagrin dans la poésie et le chant. A sa cour paraît alors une jeune Sarrasine. Elle vient directement du Levant et rappelle au prince le pacte conclu entre l’Orient et l’Occident sous l’empereur Frédéric II ; elle somme le jeune homme découragé de veiller à l’héritage paternel. Elle s’exprime ainsi qu’une prophétesse inspirée et réussit à maintenir à distance le prince qui n’a pas tardé à s’éprendre violemment d’elle. Elle sait le préserver des embûches des puissants d’Apulie et aussi des suites de l’excommunication papale qui lui enlève ses fiefs; le guidant, le protégeant, elle entreprend une fuite hardie dans laquelle, suivie de peu de fidèles, elle traverse avec lui les montagnes sauvages où, pendant une nuit d’effroi, le spectre de Frédéric et son armée apparaissent au fugitif épuisé. Enfin, elle le conduit à Luceria. C’est là qu’habitent les Sarrasins qui, à l’origine, s’étaient réfugiés dans les montagnes de la Sicile où ils avaient vécu de brigandages. Frédéric II, par une entente pacifique, leur avait, au grand mécontentement du pape, donné droit de cité dans cette ville, sijtuée au milieu des Etats de l’Eglise, et s’était créé ainsi de fidèles

Page 1