RIENZI » EST ACCEPTÉ A DRESDE (PRINTEMPS
un oratorio sur Marie-Madeleine. Le jour où il m'exprima ce désir, il se trouvait dans un état de profonde hypocondrie et prétendait avoir vu le matin sa propre tête par terre devant son lit. Aussi je ne lui refusai pas ce qu'il demandait, mais je le priai de m'en laisser le temps et jusqu'aujourd'hui, je ne l'ai pas encore trouvé.
L'hiver passa ainsi. Mes chances de retourner en Allemagne prenaient corps lentement et ranimaient mes espérances. Je n'avais pas cessé de correspondre avec Dresde à propos de Rienzi et j'avais fini par trouver dans le directeur des chœurs, l'entreprenant Fischer, un homme honnête et disposé en ma faveur. Il me donnait sur mes affaires des renseignements exacts et dignes de confiance. Au commencement de janvier 1842, on m'avait parlé de nouveaux retards ; tout à coup, je reçus la nouvelle que Rienzi serait prêt à être donné vers la fin de février. J'en éprouvai une violente agitation, car il m'était impossible de me mettre en route pour cette époque ; mais cette nouvelle fut bientôt contremandée et l'honnête Fischer me prévint que la première de mon opéra avait dû être remise à l'automne suivant. Je compris qu'il ne serait jamais joué si je n'étais moi-même à Dresde. Le comte de Redem, intendant du Théâtre royal de Berlin m'ayant enfin annoncé, en mars, que mon Fliegender Hollaender était accepté par ce théâtre, je crus avoir suffisamment de raisons pour rentrer le plus tôt possible en Allemagne.
J'avais eu, à propos du Fliegender Hollaender , à enregistrer diverses expériences sur les sentiments des directions de théâtres allemands. Me fiant à l'impression très
3 6o LE « FLIEGENDER HOLLAENDER » ACCEPTÉ A BERLIN
favorable que mon poème avait produite sur le directeur du Grand Opéra de Paris, je l'avais envoyé, pour commencer, à Leipzig, au directeur Ringelhardt, que je connaissais d'autrefois. Mais celui-ci, depuis l'affaire de mon Liebesverbot , avait une antipathie prononcée contre moi. Ne trouvant, cette fois, absolument rien à dire sur la frivolité de mon sujet, il s'attaqua à son caractère trop sombre et le refusa. Je l'expédiai alors au conseiller Küstner, intendant du Théâtre de la cour à Munich, que j'avais vu à Paris lorsqu'il était venu y commander la Reine de Chypre. Il me le renvoya aussi en m'assurant que le Fliegender Hollaender ne convenait ni aux conditions théâtrales allemandes, ni au goût du public. Apprenant qu'il faisait fabriquer à Paris un libretto français pour Munich, je compris ce que signifiait sa leçon.
La partition enfin terminée, je l'envoyai, en y joignant une lettre pour le comte de Redern, à Meyerbeer, qui se trouvait à Berlin et je priai celui-ci de mettre toute son influence en œuvre pour moi, puisque, malgré sa bonne volonté, il n'avait pu m'aider à Paris.
Je fus vraiment surpris et heureux de recevoir, deux mois après, une réponse du comte qui me faisait une bienveillante promesse, et je vis dans ce fait une preuve de la sympathie active et énergique de Meyerbeer à mon égard. Malheureusement, en arrivant en Allemagne peu de temps après, j'appris que le comte de Redern songeait depuis assez longtemps déjà à quitter l'intendance de l'Opéra berlinois et que M. Küstner, de Munich, allait le remplacer ; d'où il résultait que M. de Redern m'avait adressé de belles paroles, mais qui n'étaient pas sérieuses,