‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 3 sur 285 · LOUIS GEYER · texte numérisé non relu

LOUIS GEYER

quêtant allée avec lui à Lauchstaedt pour la première de la Fiancée de Messine, il lui montra Goethe et Schiller se promenant ensemble, et lui reprocha avec véhémence de ne pas connaître ces grands hommes. Il paraît même qu’il n était pas sans éprouver de galantes inclinations pour les actrices. Ma mère se plaignait parfois, en plaisantant, il est vrai, d’avoir dû souvent l’attendre pour les repas, alors qu il faisait des visites d’admirateur à une actrice célèbre, Mme Hartwig. Et quand elle le sermonnait làdessus, il prétendait avoir été retardé par l’étude de ses dossiers ; comme preuve à l’appui, il montrait ses doigts, tachés d’encre, prétendait-il, mais à l’examen on constatait qu ils étaient parfaitement propres.

Il témoigna ouvertement de son grand attachement au théâtre en choisissant pour ami intime l’acteur Louis Geyer. Si, dans le choix de cette amitié, mon père fut guidé surtout par son amour de la scène, il eut en même temps la chance d introduire à son foyer le plus noble des bienfaiteurs : dans la suite, cet artiste modeste, profondément ému du décès si rapide et si imprévu de son ami Wagner, consacra sa vie à élever et à instruire la nombreuse progéniture que celui-ci laissait en mourant. Auparavant déjà, tandis que le greffier de police passait ses soirées au théâtre, l’excellent homme le remplaçait dans sa famille où il paraît qu’il eut souvent à calmer l’épouse qui, à tort ou à raison, se plaignait de la légèreté de son mari. Geyer, éprouvé par l’existence, et n’ayant ni patrie ni foyer, devait ressentir le besoin d’un intérieur familial, car il épousa la veuve de son ami un an après la mort de celui-ci. Il fut un père plein de sollici-

Page 1