‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 30 sur 285 · MON ONCLE ADOLPHE WAGNER · texte numérisé non relu

MON ONCLE ADOLPHE WAGNER

Je me conduisis, en conséquence, de telle sorte que je ne parvins jamais à gagner l’amitié d’aucun de mes professeurs. On comprend que dans ces conditions l’obligation de fréquenter cette école me parut d’autant plus pénible que diverses autres causes, découlant de mon développement moral, me poussèrent à la révolte : d’un côté, l’exemple des étudiants, que je voyais journellement faire acte d’indépendance; de l’autre, l’appui inespéré d’un homme d’âge mûr qui me soutint dans ma lutte contre le pédantisme scolaire. J’entends parler ici de l’influence longtemps inconsciente qu’exerça sur moi mon oncle Adolphe Wagner. Sa compagnie fut d’une importance majeure dans mon éducation d’adolescent.

Mes goûts fantastiques ne provenaient sûrement pas d’un besoin de vaines distractions, autrement je ne me serais jamais attaché si fortement à ce parent sérieux et érudit. Il est vrai que sa conversation était des plus captivantes. Sa curiosité allait avec une égale ardeur de la philologie à la philosophie et à la littérature, et son savoir universel agissait irrésistiblement sur ceux qui s’entretenaient avec lui. Malheureusement il était affligé d’une imperfection qui affaiblissait d’étrange manière son autorité de savant et le rendait presque ridicule : il ne savait pas écrire. Dans les polémiques ou il était mêlé, on se montrait de lui des phrases totalement incompréhensibles, tant elles étaient amphigouriques. Pour moi, je n’apercevais pas cette lacune, car je me trouvais dans la période troublée de mon propre développement. L’amphigouri littéraire me semblait d’autant plus beau que je le comprenais moins, et d’ailleurs

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