‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 29 sur 285 · AU LYCÉE SAINT-NICOLAS · texte numérisé non relu

AU LYCÉE SAINT-NICOLAS

considéré, l’important éditeur Frédéric Brockhaus, et bien que ce prétendant, au cœur excellent, n’eût jamais prononcé une parole indiquant que la nombreuse famille de la jeune fille sans fortune pourrait lui être à charge, Louise elle-même semble avoir eu cette crainte et se montra bientôt sous un jour tout nouveau. L’ambition d’occuper dans la haute bourgeoisie la place qu’elle souhaitait modifia totalement la manière d’être de cette sœur autrefois si gaie et si primesautière. Lorsque je me rendis compte de ce changement, j’en ressentis une telle amertume, que, plus tard, je me brouillai complètement avec elle. Je ne tardai malheureusement pas à mériter encore le blâme que m’avait valu ma conduite à Dresde. Le relâchement prononcé et enfin l’abandon absolu de mes études régulières de lycéen datent du jour où je débarquai à Leipzig. Peut-être en faut-il rechercher la cause dans le pédantisme intransigeant de mes maîtres.

Il existe deux collèges à Leipzig; le plus vieux se

nomme « Thomas-Schule », l’autre « Nicolaï-Schule ». Le

premier, quoique plus ancien, avait à l’époque dont je parle une réputation moins bonne que le second. C’est donc à la Nicolaï-Schule que je devais entrer. Or, il advint que le corps enseignant, après m’avoir fait subir un examen, au nouvel an de 1828, décréta que la réputation de l’établissement exigeait que je fisse un stage en troisième, bien qu’à Dresde j’eusse déjà suivi les cours de la deuxième classe. Il est impossible de décrire le découragement qui s’empara de moi lorsque je dus me séparer d’Homère, dont j’avais déjà traduit douze chants par écrit, pour me remettre aux prosateurs grecs faciles.

Page 1