‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 32 sur 285 · MARIAGE D’ADOLPHE WAGNER · texte numérisé non relu

MARIAGE D’ADOLPHE WAGNER

gâtions qui lui étaient devenues insupportables à la longue. Ses travaux littéraires lui assurant, d’autre part, un modeste revenu, il avait jugé de sa dignité de se créer enfin un intérieur. Pour fonder ce foyer, il choisit une amie dont l’âge était en rapport avec le sien ; c’était la sœur de Wendt de Leipzig, un écrivain esthète assez connu. Sans souffler mot à Jeannette de ses projets matrimoniaux, il sortit un jour comme pour sa promenade habituelle, et se rendit à l’église avec sa fiancée. Il se hâta de faire célébrer son mariage, puis il rentra et annonça qu’il partait et que le jour même il enverrait chercher ses effets. Il sut garder un calme affectueux devant la consternation et peut-être les reproches de sa vieille amie et, jusqu’à la fin de sa vie, il fit chaque jour sa visite à « Mam’selle Thome », dont la tendresse, bien que souvent boudeuse, ne se démentit pas. C est a la pauvre Frédérique qu’on fit, paraît-il, payer l’infidélité du frère.

Ce qui me charmait surtout en mon oncle, c’était le mépris, plein d’humour quoique tranchant, qu’il professait pour le pédantisme moderne dans 1 État, 1 Égüse et l’école. Par la grande tolérance qu’il montrait en général dans ces domaines, il me faisait même l’effet d’un libre penseur. Son dédain pour la pédanterie me remplissait d’enthousiasme. Etant un jour entré en grave conflit avec les professeurs du lycée Saint-Nicolas, ma conduite fut l’objet d’une plainte sérieuse que le recteur lui-même adressa à mon oncle, l’unique membre de la famille de sexe masculin. Celui-ci m’emmena promener autour de la ville, ainsi que de coutume, et me demanda, familier et souriant, comme s’il s’adressait à un ami de son âge,

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