ENCORE ADOLPHE WAGNER
ce que j’avais fait à ces gens du collège. Je lui contai l’histoire et lui expliquai la punition à laquelle j’étais condamné et qui me paraissait imméritée. Il me calma, me prêcha la patience et, en guise de consolation, me cita le proverbe espagnol : Un rei no puede morir, qui pour lui signifiait qu’un potentat d’école n’avoue jamais avoir eu tort.
Cette façon de me traiter en présumant trop de mon jugement d’enfant devait avoir de fâcheuses conséquences ; finalement, il s’en aperçut avec effroi. Bien qu’un jour, où je lui demandais de lire avec moi le Faust de^Gœthe, il m’eût vexé en me répondant que je ne le comprendrais pas, il m’avait rendu familiers, par ses causeries, les grands poètes tels que Shakespeare et même le Dante ; si familiers, me semblait-il, que je m’occupais depuis longtemps d’achever secrètement le grand drame dont j’avais conçu le plan à Dresde. Depuis ma brouille avec mes maîtres, je vouais à cette oeuvre toute la force de travail que j’aurais dû consacrer à mes études.
Ma sœur Ottilie, alors demeurée seule avec moi près de notre mère, fut mon unique confidente. Je me souviens de la perplexité et de la peur que causa à cette bonne sœur la première communication de ma grande entreprise littéraire. Elle supporta cependant avec complaisance la torture que je lui infligeais par mes lectures secrètes et passionnées de l’œuvre, à mesure que celle-ci avançait. Une fois que je lui en lisais une des scènes les plus effroyables, un violent orage éclata. Le tonnerre grondait et la foudre tomba dans le voisinage ; ma sœur