ÉMEUTES DE LA POPULACE
publique. Je pense plutôt que j'étais entraîné, comme en un tourbillon, par ce que ces fureurs populaires ont de diabolique. Je devais apprendre aussi que de tels accès de rage ne se calment pas facilement et qu'ils ne prennent fin qu'après avoir dégénéré en frénésie. A peine un nouveau mot d'ordre eut-il retenti, que nous nous dirigeâmes vers une autre maison de ce genre et que déjà je me trouvais dans le courant qui se précipitait vers l'autre bout de la ville. On y renouvela les mêmes prouesses et les mêmes dévastations ridicules. J'ignore si l'abus de la boisson avait contribué à mon ivresse et à celle de mes compagnons ; je sais seulement que je me trouvai finalement dans l'état qui résulte de l'ébriété.
Le lendemain, je me réveillai comme sortant d'un mauvais rêve, et, pour me convaincre que j'avais réellement pris part aux événements de la nuit, il me fallut toucher le lambeau de rideau rouge qui traînait dans ma chambre comme trophée de mes hauts faits. Ce qui me tranquillisa, c'est que l'opinion, du public en général et de ma famille en particulier, n'était point défavorable aux jeunes émeutiers. Leur folie fut considérée comme l'explosion vertueuse de leur indignation à l'égard d’un état de choses réellement révoltant, de sorte que je pus sans crainte me vanter d'avoir pris part à ces excès. Mais le dangereux exemple donné par les étudiants induisit les basses classes du prolétariat à se livrer, le lendemain soir, à de semblables désordres, et cela aux dépens de fabricants et d'industriels impopulaires. Les choses devenaient sérieuses ; la propriété était menacée ; la haine du pauvre contre le riche s'exhalait en huées devant les portes,