DÉVASTATION DE DEUX MAISONS
ils se formèrent en cortège et tout ce qui, en fait de jeunes gens, prenait parti contre la police, se joignit à eux. Sérieux et décidés, ils se dirigèrent du marché vers TUniversité, où se trouvaient les cachots, afin d'en forcer les portes et de délivrer les étudiants prisonniers. Une agitation incroyable faisait battre mon cœur tandis que je marchais avec eux à l'assaut de cette nouvelle Bastille. Mais les choses se passèrent d’une façon tout inattendue. Notre imposante troupe fut arrêtée dans la cour du Paulinum par le vénérable recteur Krug, qui nous attendait, tête découverte. Un tonnerre d’applaudissements éclata lorsqu’il annonça qu’à son instigation les détenus avaient été relâchés. L’affaire semblait donc terminée. Mais l’agitation provoquée par l’attente d’une révolution avait été trop forte, il lui fallait une victime.
Soudain le bruit se répandit qu’on allait faire justice d’un établissement de mauvais renom, situé dans une rue mal famée et qu’un membre des autorités détestées avait pris, disait-on, sous sa protection spéciale. Je suivis l’essaim des manifestants, et, quand j’arrivai à l’endroit indiqué, je trouvai une maison envahie dans laquelle on se livrait à toutes sortes de violences. Je me rappelle avec horreur l’influence enivrante qu’eut sur moi la vue de ces actes incompréhensibles et barbares. Sans le moindre motif personnel, dans une rage de forcené, je m’unis aux jeunes vandales, et, avec eux, je fracassai en fou furieux tout ce qui, meubles ou ustensiles, me tomba sous la main. Je ne crois pas qu’en agissant ainsi j’étais guidé par le motif initial de cette émeute, bien que ce motif résidât dans une grave atteinte à la moralité