‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 58 sur 285 · MILICES D’ÉTUDIANTS · texte numérisé non relu

MILICES D’ÉTUDIANTS

beau-frère avait été menacé sérieusement ; il devait à son énergie et à sa grande présence d’esprit d’avoir sauvé de la destruction son imprimerie, et surtout sa presse mécanique que les émeutiers voulaient mettre en pièces. Une ou deux compagnies d’étudiants étaient donc postées autour de sa fabrique afin de la préserver de nouvelles attaques. Or, la large hospitalité que l’aimable maître de maison offrait aux joyeux factionnaires dans l’agréable pavillon de son jardin y attira bientôt l’élite des « compagnons ». Pendant plusieurs semaines, mon beau-frère fut ainsi protégé jour et nuit contre un éventuel assaut de la plèbe, et moi, honoré et chéri des plus célèbres hâbleurs de l’Université, dispensateur des générosités de mon parent, je célébrais les saturnales de ma consécration d’étudiant en herbe.

La surveillance des portes resta longtemps encore entre les mains de ces héros. La gloire extraordinaire qu’ils en recueillirent attira à Leipzig les étudiants des universités de tout le pays. Chaque jour, de grandes voitures déchargeaient devant la porte de Halle des troupes tapageuses de « confrères » venant de Halle, d’Iéna, de Gœttingue, et même des villes les plus lointaines. Ils prenaient tout de suite leurs quartiers dans les corps de garde, et, pendant des semaines entières, les nouveaux venus n’eurent pas d’autres logis. Ils vécurent aux dépens de la municipalité, émettant des bons sur la police pour leurs vivres et n’ayant qu’un souci, c’est que le calme progressif ne rendît leur surveillance inutile.

Je ne laissai passer aucun jour, et, ce qui est pis, aucune nuit, sans monter la garde avec eux. Dans ma famille,

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