FRÉDÉRIC BROCKHAUS
je prétextais la nécessité de faire mon devoir jusqu'au bout. On conçoit que les étudiants sérieux abandonnèrent bientôt des fonctions qui n'avaient plus leur raison d’être. Il ne resta que les bretteurs invétérés. Et ceux-ci montrèrent un zèle si persistant, que les autorités eurent toutes les peines du monde à les congédier. Jusqu'au dernier jour, je tins bon avec eux, et je fis des connaissances étonnantes pour mon âge. Parmi ces types d'étudiants fanfarons, un grand nombre avaient été renvoyés de différentes universités à cause de leurs rixes et de leurs dettes. Grâce aux circonstances du moment, ils avaient été accueillis à bras ouverts à Leipzig et y avaient trouvé un asile sûr. Mais, le calme une fois rétabli, ils ne voulurent point déguerpir et peuplèrent la ville de leurs inquiétantes personnalités.
Ces événements me laissèrent l’impression qu'on aurait à la suite d'un tremblement de terre ayant changé l'ordre des choses.
Mon beau-frère Brockhaus, qui pouvait reprocher, à bon droit, aux autorités de Leipzig leur incapacité à maintenir l'ordre et la paix, fut entraîné dans un violent courant d'opposition. Une parole hardie qu'à l’hôtel de ville il avait adressée aux membres du conseil municipal \e rendit populaire ; on le nomma commandant en second de la .garde communale qu'on venait de créer. Les nouveaux sergents chassèrent mes étudiants bien-aimés de leurs factions aux portes de la ville, et il nous fallut renoncer au plaisir d'arrêter les voyageurs pour examiner leurs passeports. Cependant l’institution de cette garde civique était assez de mon goût, car je me flattais de retrouver